
A Dieu vat !
Je ne sais qui tu es, ni où tu es, toi qui es en train de lire ce message. Toujours est-il que si tu as ce papier jauni et humide entre les mains, c’est que ma bouteille est venue à toi.
Au gré des flots, elle est venu t’apporter mon, que dis-je, notre témoignage....nous, équipage d’un fier Hanse 370 de 11 mètres de long, t’envoyons ces quelques mots d’un endroit dont nous ne reviendrons jamais, et dont nous de voulons jamais revenir : le monde du vent et des embruns.
Tout s’est passé le 12 juin de l’an de grâce 2008, au départ du Vieux-Port de Marseille. Sous les ordres de notre capitaine, Emma, nous étions quatre moussaillons, novices pour la plupart, à nous préparer à prendre la mer : Martine, Sandrine, Gérard et ton serviteur, mais qu’importe l’équipage, la destination finale aurait été la même pour quiconque aurait mis son pied (marin ou pas) sur ce voilier. Le ciel bleu de ce jour, la douceur du vent laissaient supposer un été sur le point de nous surprendre.
Emma nous promettait un moment agréable. Un caractère bien trempé, probablement entretenu par tant de déferlantes venues mourir à ses pieds, et sa maîtrise évidente du navire nous mirent rapidement en confiance : nous étions entre de bonnes mains.
Des explications brèves mais précises, des ordres choisis et concis, le ton était donné. Nous avions chacun notre rôle : qui à la grand voile, qui au génois et qui à la barre.
Sandrine prit les commandes pour sortir du port de Marseille. La cité phocéenne, éclatante sous le soleil de la Méditerranée, nous couvrait de son regard bienveillant. Dès lors, je crois que nous savions tous, en notre for intérieur, quelle serait l’issue de notre voyage.
Une paisible brise marine sur une mer peu formée nous poussait un peu plus vers le large. Notre barreuse, soucieuse de son cap, portait son regard au plus loin. Capt’ain Emma, du haut de sa vingtaine d’années, paraissait déjà telle un vieux loup de mer. Elle semblait tout maîtriser, et nous faisait manœuvrer à la perfection. Les virements de bords s’enchaînaient et de proche en proche nous nous dirigions vers le Château d’If et les îles du Frioul. Gérard allégeait la concentration de tous en distillant ses anecdotes de globe trotter, nous en riions de bon cœur.
La griserie nous gagnait, tout comme la faim. C’est dans une crique, sur l’île du Frioul, que nous jetâmes l’ancre. Chacun sortait son panier et le partageait avec le reste de l’équipage. Bercés par le clapotis de la mer contre la coque et le vent dans les haubans, rafraîchis par un bain de mer bienfaiteur, la sieste nous surprit. Entre rêves de liberté et désirs d’autre chose, nous étions tous ailleurs...
Le temps pressait, et après cet épisode réparateur, nous devions reprendre la mer. Le cap était cette fois-ci fixé à l’anse des Goudes, un peu plus à l’est. De loin, alors que nous manœuvrions pour sortir de notre abris, nous devinions la mer plus forte, le vent plus prononcé. Sous l’impulsion d’Emma, je pris la barre, direction le Cap Croisette. Etrange sensation que celle de diriger un bateau. Le cœur cogne contre la poitrine, les mains serrent le gouvernail à s’en faire mal. Le Hanse obéit au doigt et à l’œil, mais tout en fluidité.
Et puis ce vent, fort à présent, qui couche le voilier jusqu’à la limite. Sensation qu’aucune erreur n’est permise. Tous sont accrochés à leurs bouts, et notre concentration tranche avec la sérénité d’Emma. Voici les Goudes, la mer y est creusée. Martine prend la barre, et tout en tirant des bords, nous reprenons la route du retour. Et, inconscients que le temps continue de s’écouler, nous voici devenus comme intouchables, une partie de nous ne reviendra plus.
Nous jetons cette bouteille à la mer.... Ne revenez pas nous chercher, nous ne vous suivrons pas. Recevez ce témoignage, et, comme nous n’hésitez pas à tenter l’aventure..
Et comme disait le chanteur : “Tous les cris les S.O.S. partent dans les airs, dans l'eau, laissent une trace dont les écumes font la beauté.....”
Je ne sais qui tu es, ni où tu es, toi qui es en train de lire ce message. Toujours est-il que si tu as ce papier jauni et humide entre les mains, c’est que ma bouteille est venue à toi.
Au gré des flots, elle est venu t’apporter mon, que dis-je, notre témoignage....nous, équipage d’un fier Hanse 370 de 11 mètres de long, t’envoyons ces quelques mots d’un endroit dont nous ne reviendrons jamais, et dont nous de voulons jamais revenir : le monde du vent et des embruns.
Tout s’est passé le 12 juin de l’an de grâce 2008, au départ du Vieux-Port de Marseille. Sous les ordres de notre capitaine, Emma, nous étions quatre moussaillons, novices pour la plupart, à nous préparer à prendre la mer : Martine, Sandrine, Gérard et ton serviteur, mais qu’importe l’équipage, la destination finale aurait été la même pour quiconque aurait mis son pied (marin ou pas) sur ce voilier. Le ciel bleu de ce jour, la douceur du vent laissaient supposer un été sur le point de nous surprendre.
Emma nous promettait un moment agréable. Un caractère bien trempé, probablement entretenu par tant de déferlantes venues mourir à ses pieds, et sa maîtrise évidente du navire nous mirent rapidement en confiance : nous étions entre de bonnes mains.
Des explications brèves mais précises, des ordres choisis et concis, le ton était donné. Nous avions chacun notre rôle : qui à la grand voile, qui au génois et qui à la barre.
Sandrine prit les commandes pour sortir du port de Marseille. La cité phocéenne, éclatante sous le soleil de la Méditerranée, nous couvrait de son regard bienveillant. Dès lors, je crois que nous savions tous, en notre for intérieur, quelle serait l’issue de notre voyage.
Une paisible brise marine sur une mer peu formée nous poussait un peu plus vers le large. Notre barreuse, soucieuse de son cap, portait son regard au plus loin. Capt’ain Emma, du haut de sa vingtaine d’années, paraissait déjà telle un vieux loup de mer. Elle semblait tout maîtriser, et nous faisait manœuvrer à la perfection. Les virements de bords s’enchaînaient et de proche en proche nous nous dirigions vers le Château d’If et les îles du Frioul. Gérard allégeait la concentration de tous en distillant ses anecdotes de globe trotter, nous en riions de bon cœur.
La griserie nous gagnait, tout comme la faim. C’est dans une crique, sur l’île du Frioul, que nous jetâmes l’ancre. Chacun sortait son panier et le partageait avec le reste de l’équipage. Bercés par le clapotis de la mer contre la coque et le vent dans les haubans, rafraîchis par un bain de mer bienfaiteur, la sieste nous surprit. Entre rêves de liberté et désirs d’autre chose, nous étions tous ailleurs...
Le temps pressait, et après cet épisode réparateur, nous devions reprendre la mer. Le cap était cette fois-ci fixé à l’anse des Goudes, un peu plus à l’est. De loin, alors que nous manœuvrions pour sortir de notre abris, nous devinions la mer plus forte, le vent plus prononcé. Sous l’impulsion d’Emma, je pris la barre, direction le Cap Croisette. Etrange sensation que celle de diriger un bateau. Le cœur cogne contre la poitrine, les mains serrent le gouvernail à s’en faire mal. Le Hanse obéit au doigt et à l’œil, mais tout en fluidité.
Et puis ce vent, fort à présent, qui couche le voilier jusqu’à la limite. Sensation qu’aucune erreur n’est permise. Tous sont accrochés à leurs bouts, et notre concentration tranche avec la sérénité d’Emma. Voici les Goudes, la mer y est creusée. Martine prend la barre, et tout en tirant des bords, nous reprenons la route du retour. Et, inconscients que le temps continue de s’écouler, nous voici devenus comme intouchables, une partie de nous ne reviendra plus.
Nous jetons cette bouteille à la mer.... Ne revenez pas nous chercher, nous ne vous suivrons pas. Recevez ce témoignage, et, comme nous n’hésitez pas à tenter l’aventure..
Et comme disait le chanteur : “Tous les cris les S.O.S. partent dans les airs, dans l'eau, laissent une trace dont les écumes font la beauté.....”
Nicolas Manicini
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